La transition en cours en Haïti ne tire sa légitimité que de la perspective d’élections crédibles, seules à même de renouveler, par le suffrage, un personnel politique usé et contesté. Ce pays est marqué par une défiance chronique et où chaque échéance électorale semble compromise avant même d’avoir lieu. Depuis environ neuf mois, pourtant, un travail discret et continu a permis de maintenir l’espoir : celui conduit par Joseph André Gracien Jean, ministre délégué auprès du premier ministre, chargé des questions électorales et constitutionnelles.

Nommé en décembre 2024, il s’est attaché à faire avancer trois chantiers décisifs : la réforme constitutionnelle, l’organisation d’un référendum et la préparation des élections. Sous son impulsion, la Conférence nationale a mené ses assises départementales et de la diaspora, débouchant sur un avant-projet de Constitution transmis à l’exécutif au printemps 2025. Les étapes de consultation ont suivi, ouvrant la voie à un référendum attendu pour l’automne. Le Conseil électoral provisoire, longtemps inerte, a également retrouvé une dynamique, tandis que la publication du décret référendaire a permis de fixer un cadre juridique.

Ces avancées, encore fragiles, placent le pays en position d’engager dès novembre un processus électoral qui pourrait aboutir à des scrutins entre décembre 2025 et janvier 2026. Rien n’assure, toutefois, que ce calendrier sera tenu. Le contexte politique demeure instable, les ressources limitées, et les forces hostiles à la transition nombreuses.

Le rôle du ministre délégué apparaît moins comme celui d’un homme providentiel que comme celui d’un facilitateur : un responsable ayant su maintenir le cap sur des priorités précises, avec une méthode faite de patience, d’écoute et de compromis. C’est moins le bilan individuel qui importe que la démonstration qu’un chemin demeure possible.

Le 21 août 2025 ne constitue donc pas un aboutissement, mais une étape. La réussite de la transition se jouera dans les mois à venir, à travers la capacité à tenir le référendum puis à organiser les élections. Pour l’heure, un fait s’impose : la perspective électorale, encore vacillante, n’a pas totalement disparu de l’horizon haïtien.

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