Plus de 80% des meurtres par balle dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince seraient perpétrés à l’aide d’armes illégales, m’avait confié, en 2016, l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus. Quant à la Police nationale d’Haïti, elle demeure étrangement silencieuse quant au nombre de permis de port d’arme délivrés ces dernières années. Peut-être est-elle tout simplement incapable de fournir ces informations cruciales, ou peut-être s’abstient-elle volontairement de les divulguer, impuissante face à la prolifération des armes illicites.

Haiti

La PNH, protectrice supposée de l’ordre et de la sécurité, reste impuissante face à cette marée dévastatrice d’armes non réglementées. Dans un pays où les règles sont bafouées et les autorités corrompues, on peut se demander si les efforts déployés pour contrer cette menace sont suffisants. Les statistiques manquantes sur les permis de port d’arme soulèvent des interrogations profondes quant à l’efficacité des mesures mises en place.

Je peux simplement relever qu’une source policière m’a dévoilé qu’en 2009, près de 33 000 permis de port d’arme avaient été octroyés. Ces requêtes émanaient souvent d’entrepreneurs et de membres d’organisations non gouvernementales.

Les autorités policières avaient susurré à l’oreille du parlementaire, alors qu’il était autrefois président de la commission Justice et Sécurité du Sénat, que sur dix meurtres par balles dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, huit étaient perpétrés avec des armes dont le port était illégal.

En écoutant ces paroles à maintes reprises, je peux peut-être concéder l’existence de zones dépourvues de lois, des territoires perdus, mais je ne suis pas encore convaincu qu’Haïti soit un pays perdu, un pays plongé dans le non-droit.

En évoquant justement le droit, j’aimerais aborder l’article 8 du décret de 1988 qui proscrit catégoriquement l’acquisition, la détention, la possession ou l’utilisation d’armes automatiques, quel que soit leur calibre. Alors, d’où proviennent ces hommes d’affaires et ces hauts responsables du gouvernement, ainsi que les membres du Corps législatif, qui, sans considération pour les lois de la République, se déplacent avec des armes automatiques ?

Face à cette question que je n’ose poser à personne, je me remémore les enseignements du commissaire Frantz Lerebours, selon lesquels en Haïti, la pratique est rarement régie par la théorie. Il existe souvent, m’a-t-il expliqué, un écart entre les dispositions légales et la réalité concrète.

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Restons dans le domaine des lois qui ne semblent plus avoir leur place parmi nous. L’article 10 du décret de 1988 énonce clairement que ceux qui souhaitent importer, acheter ou vendre des armes à feu, des munitions et des explosifs doivent être en possession d’une autorisation délivrée par le haut commandement des Forces armées d’Haïti. Mais, d’où proviennent donc ces armes illégales qui circulent ? Si cette disposition légale exprime véritablement ce qu’elle pense, il y a là un problème majeur, car le haut commandement des FAD’H (Forces armées d’Haïti) n’existe plus. Par conséquent, ces armes ne peuvent provenir que de la contrebande. 

Quand nous aurons atteint une certaine maturité, peut-être comprendrons-nous qu’il est nécessaire de renforcer la surveillance de nos ports et aéroports afin d’empêcher l’infiltration d’armes illégales sur notre territoire national.

Robenson D’Haiti
Journaliste Professionnel
www.robensondhaiti.com

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