En juin 2016, dans les bureaux de la Direction générale de la PNH à Pétion-Ville, en Haïti, j’avais interrogé le commissaire Frantz Lerebours sur son opinion concernant l’influence de la politique sur la PNH, ainsi que sur son avis quant à la pertinence de la création de cette force dans les années 90 compte tenu du contexte politique de l’époque.

Haïti Frantz Lerebours

Il m’avait répondu que la politique exerce son poids sur tout. Selon lui, la police représente une institution dédiée à l’application de la politique publique en matière de sécurité. Ainsi, la sécurité nationale implique une armée, une diplomatie, une police pour la sécurité intérieure et une politique étrangère, avait-il argumenté. Il avait ajouté que la police se concentre sur la sécurité publique, sans même aborder la question de la sécurité intérieure, car, selon ses propres termes, l’ensemble des mécanismes de procédures et de politiques à suivre devraient déjà être en place.

Le commissaire s’était également plaint du fonctionnement de l’institution policière.  Il m’avait confié que la PNH se trouve dans une position délicate, à la fois juge et partie. « Nous sommes contraints de prendre en charge des responsabilités qui devraient incomber à d’autres, » avait-il exprimé avec regret. Il avait insisté sur le fait que la police nationale agit seule, car elle fait partie d’un système étatique fragile.

En écoutant le commissaire, j’ai eu l’impression qu’en comparaison, les dictateurs avaient mieux réussi que les démocrates. Sous les régimes autoritaires, on avait l’impression que la population était plus disciplinée, m’avait-il confié. Certains acquis ont été perdus parce que nous avons rejeté d’un revers de main tout le dispositif sécuritaire qui existait à l’époque de la dictature, simplement parce qu’on le considérait comme étant lié à celle-ci, avait-il ajouté. Nous avons effectué une transition de ce dispositif vers des comportements démocratiques sans exploiter l’architecture de sécurité qui existait. Il a soupiré, déplorant notre orientation vers un modèle qui ne présente même pas l’avantage d’être un substitut valable.

« Quand il a été décidé en 1995 de faire de la police la seule institution armée du pays, nous savions pertinemment que sa jeunesse poserait problème. Nous étions également conscients que les acteurs politiques allaient l’instrumentaliser selon les fluctuations politiques. Malheureusement, aucune précaution n’a été prise pour régler les problèmes politiques ni pour créer les institutions nécessaires à accompagner la transition démocratique. Nous avons été confrontés à un fait accompli. Depuis lors, nous sommes contraints de faire face à des difficultés qui dépassent nos capacités, » m’avait confié le commissaire Frantz Lerebours, qui a rejoint la PNH en 1995, dès sa création.

Lorsque le Commissaire m’a parlé de la solitude pesante de la PNH, cela a fait naître en moi des questionnements sur la réelle utilité de la Minustah. M. Lerebours m’a fait remarquer d’un ton vif : « La Minustah n’offre que ce qui lui est demandé. De plus, quand vous avez un prétendu partenaire en face de vous, vous devez être capable de lui dire les choses en face. La politique publique de sécurité est un préalable essentiel pour assurer la protection de notre pays. Tant que cette politique de sécurité n’est pas définie de l’intérieur, la Minustah ne donnera que ce qu’elle a à offrir, et surtout ce qu’elle souhaite. »

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Voici relatée une partie de mes échanges avec le commissaire Frantz Lerebours dans l’atmosphère pesante de cette insécurité où presque chacun attend une force militaire étrangère pour délivrer Haïti.

Robenson D’Haiti
Journaliste Professionnel
www.robensondhaiti.com

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